Il y a une phrase que j'entends souvent. Elle est prononcée presque avec le sourire, comme si elle était parfaitement raisonnable. "Je viendrai te voir un peu plus tard… Pour l'instant, ça va." Et la plupart du temps, je n'ai même pas besoin de poser une question. Je vois les épaules un peu tendues, les traits un peu tirés, les yeux de ceux qui dorment sans vraiment se reposer. Alors je souris, moi aussi, pas parce que je ne les crois pas, parce que je reconnais cette phrase
Il y a quelque temps, une personne est venue me voir au cabinet. Avant même de s'asseoir, elle s'est excusée.
"Je suis désolée... aujourd'hui, je ne suis pas très positive."
Cette phrase m'a profondément touchée, pas parce qu'elle était triste.
Parce qu'elle avait l'impression qu'elle n'avait pas le droit de l'être.
Comme si, pour être une "bonne" personne, il fallait toujours garder le sourire.
Comme si reconnaître que l'on va mal était devenu un aveu de faiblesse.
Pendant longtemps, je pensais qu'une surcharge émotionnelle se manifestait forcément par un grand effondrement.
Quelque chose de visible.
Une personne qui craque.
Qui pleure.
Qui n'arrive plus à avancer.
Avec le temps, je me suis rendu compte que ce n'était pas toujours aussi évident.
La surcharge émotionnelle s'installe souvent discrètement.
Petit à petit...