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Etre reconnaissante et ne pas aller bien. Pourquoi je ne vais pas bien alors que j'ai tout pour être heureuse ?

il y a 6 jours
6 min de lecture
Etre reconnaissante et ne pas aller bien.

Il m'est arrivé de regarder ma vie et de me dire que, franchement, je n'avais pas grand-chose à lui reprocher.


Un toit au-dessus de ma tête. Des personnes que j'aime et qui m'aiment. Des enfants. Des projets. Un métier que j'ai choisi. Des petits bonheurs ordinaires auxquels je tiens énormément et que je sais reconnaître comme une chance.


Je sais tout cela.

Je ne fais pas semblant de ne pas le voir et je ne considère rien comme acquis.


Et pourtant, il m'est aussi arrivé de me réveiller certains matins avec une tristesse que je n'avais pas invitée.

Pas forcément une tristesse avec une cause précise, quelque chose que j'aurais pu entourer en rouge sur une feuille en disant : « Voilà. C'est ça le problème. »

Non.

Juste cette sensation étrange que quelque chose pèse un peu plus lourd à l'intérieur.

Et presque immédiatement, au lieu de simplement accueillir ce que je ressens, une autre voix arrive.

Mais enfin Alicia… regarde ta vie.

Et c'est souvent à ce moment-là que commence quelque chose d'encore plus inconfortable que la tristesse elle-même.

La culpabilité d'être triste.


Quand « j'ai de la chance » devient « je n'ai pas le droit »


Etre reconnaissante et ne pas aller bien

Je crois profondément à la gratitude.

Je trouve même qu'elle peut changer notre manière de regarder une vie.

Lorsque nous cessons quelques instants de regarder uniquement ce qui nous manque pour prendre conscience de tout ce qui est déjà là, quelque chose se déplace. Pas toujours de façon spectaculaire, mais suffisamment pour nous rappeler que notre existence ne se résume pas à nos problèmes.


Seulement, il existe une frontière que nous franchissons parfois sans nous en apercevoir.

Celle où « j'ai conscience de ma chance » devient « puisque j'ai de la chance, je n'ai pas le droit d'aller mal ».


Et là, la gratitude ne nous fait plus du bien.

Elle devient une injonction supplémentaire.

Nous ne regardons plus ce que nous avons avec reconnaissance. Nous nous en servons pour invalider ce que nous ressentons.

Comme si nos émotions devaient remplir un dossier et fournir suffisamment de justificatifs avant d'être autorisées à entrer.


Nous cherchons toujours une bonne raison être reconnaissante et ne pas aller bien

Quand quelque chose ne va pas, nous voulons comprendre.

C'est assez humain.

Alors nous faisons l'inventaire.

Le couple ?

Ça va.

Les enfants ?

Ça va.

Le travail ?

Globalement, ça va.

L'argent ?

Bon, on aimerait peut-être toujours en avoir un peu plus 😂, mais rien qui explique cette boule-là. Alors quoi ?

Pourquoi est-ce que je me sens comme ça ?

Et lorsque nous ne trouvons aucune raison qui nous semble suffisamment importante, nous en arrivons parfois à une conclusion étrange : je ne devrais pas ressentir ça.

Sauf qu'une émotion ne demande pas notre autorisation avant d'exister.

Et elle ne disparaît pas simplement parce que nous avons démontré, preuves à l'appui, qu'elle n'avait aucune raison valable d'être là.


« Il y a pire ailleurs » Etre reconnaissante et ne pas aller bien.

Ah, celle-là…

Je crois que nous l'avons tous entendue au moins une fois.

Et probablement prononcée aussi.

Bien sûr qu'il y a pire ailleurs.

À l'instant où j'écris ces lignes, quelqu'un vit probablement quelque chose que je serais incapable d'imaginer.

Mais si la souffrance devait être attribuée uniquement à la personne qui souffre le plus sur Terre, il faudrait commencer par déterminer qui elle est… et demander à tous les autres de patienter.

Évidemment que cela n'a aucun sens.

La douleur n'est pas un concours.

Reconnaître que quelqu'un traverse quelque chose de plus difficile que toi ne fait pas disparaître ce que tu ressens.

De la même manière que la joie de quelqu'un d'autre ne rend pas la tienne moins belle.

Nous pouvons avoir de l'empathie pour la souffrance des autres sans utiliser cette souffrance pour nous interdire la nôtre.


Deux choses apparemment contradictoires peuvent être vraies en même temps


Je crois que c'est quelque chose que j'apprends encore.

Nous aimons beaucoup ranger nos émotions dans des cases.

Heureuse ou triste.

Reconnaissante ou insatisfaite.

Forte ou fragile.

Bien ou mal.

Alors que nous sommes infiniment plus complexes que cela.

Je peux être reconnaissante pour ma vie et ne pas aller bien aujourd'hui.

Je peux aimer profondément quelqu'un et avoir besoin de m'éloigner un moment.

Je peux être heureuse dans mon travail et traverser une période d'épuisement.

Je peux rire sincèrement à midi et pleurer tout aussi sincèrement quelques heures plus tard.

L'un ne prouve pas que l'autre était faux.

Nous sommes simplement capables de ressentir plusieurs choses en même temps.

Et depuis que j'ai compris cela, j'essaie de ne plus obliger mes émotions à se battre pour savoir laquelle a raison.

Elles peuvent s'asseoir à la même table.


La gratitude n'est pas une gomme


Cette phrase me semble importante.

La gratitude n'est pas une gomme.

Elle ne devrait pas servir à effacer tout ce qui nous dérange.

Je peux prendre quelques secondes le matin pour mesurer la chance que j'ai et avoir malgré tout une journée difficile.

Je peux ressentir énormément d'amour pour ma famille et avoir besoin que tout le monde me fiche la paix pendant une heure.

Je peux aimer ma vie et traverser une période où je ne me sens pas heureuse.

Ce n'est pas de l'ingratitude.

C'est la vie.

Et peut-être qu'une gratitude plus sincère commence justement lorsque nous cessons de l'utiliser pour nous forcer à ressentir quelque chose.

Je peux dire « merci pour tout ce que j'ai » sans ajouter derrière « donc je n'ai plus le droit d'être triste ».


Toutes les journées difficiles n'ont pas besoin d'être réparées


C'est probablement l'une des choses les plus difficiles pour moi.

Quand quelque chose ne va pas, j'ai envie de comprendre.

Et quand j'ai compris, j'ai envie d'agir.

Il faut trouver la cause, faire quelque chose, changer quelque chose, travailler sur quelque chose.

Mais parfois, il n'y a rien à réparer immédiatement.

Il y a peut-être simplement une journée où nous sommes plus fragiles.

Une accumulation de fatigue.

Une émotion qui avait besoin de sortir.

Un trop-plein.

Ou quelque chose que nous comprendrons plus tard.

Alors j'apprends aussi à laisser certaines journées être simplement ce qu'elles sont.

Pas à les dramatiser.

Pas à les nier non plus.

Juste à me dire : « Aujourd'hui, ça ne va pas très fort. »

Et à adapter un peu ma journée si je le peux.

Demain sera demain.


S'écouter ne veut pas dire tout banaliser


Il y a tout de même une nuance à laquelle je tiens.

S'autoriser à avoir une mauvaise journée ne signifie pas ignorer un mal-être qui s'installe.

Lorsque la tristesse dure, devient envahissante, que l'on perd l'envie de faire les choses que l'on aimait, que le quotidien devient difficile ou que l'on sent simplement que quelque chose nous dépasse, demander de l'aide est aussi une façon de s'écouter.

On n'a pas besoin d'attendre d'être au plus mal pour parler à quelqu'un ou consulter un professionnel de santé.

Accueillir une émotion, ce n'est pas lui abandonner tout l'espace.

C'est simplement arrêter de lui demander de justifier son existence avant de décider si elle mérite notre attention.


Peut-être que tu n'as rien à te reprocher


Alors si, aujourd'hui, tu regardes ta vie et que tu te dis :

« Je devrais pourtant être heureuse… »

Essaie peut-être d'enlever le devrais.

Regarde ce qui reste.

Tu peux savoir que tu as de la chance.

Tu peux être reconnaissante.

Tu peux aimer ta vie profondément.

Et malgré tout ressentir quelque chose de difficile aujourd'hui.

Tu n'es pas obligée de choisir entre les deux.

Tu n'as pas à rendre ta tristesse illégitime pour prouver ta gratitude, pas plus que tu n'as à remettre toute ta vie en question parce que tu traverses une période moins lumineuse.

Une mauvaise journée n'est pas une mauvaise vie.

Une émotion n'est pas une identité.

Et être reconnaissante pour tout ce qui va bien ne t'oblige pas à fermer les yeux sur ce qui, à l'intérieur de toi, demande peut-être simplement un peu d'attention.

Alors aujourd'hui, si ça ne va pas…

Peut-être que tu peux commencer par là.

Sans PowerPoint. 😂

Sans inventaire.

Sans comparaison.

Simplement :

« Oui, j'aime ma vie. Oui, je mesure ma chance. Et aujourd'hui, je suis triste. »

Les deux sont vrais.

Et parfois, se foutre un peu la paix avec cette contradiction qui n'en est finalement pas une, c'est déjà prendre soin de soi.


🌿 Pour aller plus loin…

J'y parle de cette culpabilité étrange qui peut apparaître lorsque notre vie va objectivement bien alors que, nous, à l'intérieur, nous traversons quelque chose de plus compliqué.

Parce que la gratitude n'est pas là pour effacer nos émotions.

Elle peut parfaitement s'asseoir à côté d'elles.


La bise la te'âme,

Alicia




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