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Et si tu n'avais plus besoin de mériter ta tranquillité ? Simplement, profiter de l'instant présent...

il y a 6 jours
6 min de lecture

Profiter de l'instant présent


Je me suis souvent demandé à quel moment j'allais enfin pouvoir souffler.

Pas simplement m'asseoir cinq minutes avec un café entre deux rendez-vous, en pensant déjà à ce qu'il me restait à faire. Non. Souffler vraiment, avec cette sensation agréable que tout est à sa place, que rien ne risque de venir troubler ma tranquillité.


Pendant longtemps, j'ai imaginé que ce moment arriverait lorsque certaines conditions seraient réunies. Quand mon activité serait suffisamment stable, quand j'aurais assez d'argent de côté, quand mes projets auraient pris forme et que les personnes que j'aime iraient bien.


Autrement dit, j'attendais que la vie se calme pour commencer à en profiter pleinement. Et puis, les années passant, j'ai fini par remarquer quelque chose d'assez contrariant : la vie n'avait manifestement aucune intention de se calmer définitivement. 😂

À peine une préoccupation disparaissait-elle qu'une autre trouvait le moyen de s'installer. Et moi, fidèle au poste, je déplaçais simplement la date de ma tranquillité.

Quand ce sera réglé, ça ira mieux.

Cette phrase, je crois que je l'ai prononcée des centaines de fois.

Aujourd'hui, je commence à me demander combien de moments heureux j'ai laissés passer en attendant qu'elle devienne réalité.


Cette drôle d'habitude de remettre notre bonheur à plus tard au lieu de profiter de l'instant présent


Nous avons appris à travailler avant de nous reposer, à terminer nos obligations avant de nous accorder du temps, à régler les problèmes avant de profiter de ce qui va bien.

Et dans une certaine mesure, c'est plutôt raisonnable. Les responsabilités ne disparaissent pas simplement parce que nous avons envie de passer l'après-midi au soleil.

Seulement, à force de fonctionner ainsi, nous finissons parfois par appliquer cette logique à notre bonheur lui-même.

Nous nous promettons de profiter davantage lorsque nous aurons moins de travail, de voyager lorsque nous aurons plus d'argent, de prendre soin de nous lorsque les enfants seront plus grands, de retrouver notre légèreté lorsque cette période compliquée sera derrière nous.

Et comme il y a toujours quelque chose à faire, à régler ou à prévoir, le moment idéal recule doucement, presque sans bruit.

Le plus troublant, c'est que nous ne nous en apercevons pas forcément. Nous avons même l'impression d'être raisonnables, responsables, prévoyants.

Mais à quel moment être responsable de sa vie a-t-il commencé à signifier qu'il fallait attendre pour la vivre ?


Et si nous avions appris à mériter notre repos ?


Je me demande parfois si cette difficulté à profiter de l'instant présent ne vient pas aussi de ce que nous avons appris très tôt.

Tu iras jouer quand tu auras terminé.

Tu te reposeras quand tout sera rangé.

Tu pourras profiter quand tu auras fait ce qu'il faut.

Ces phrases n'ont rien d'extraordinaire. Elles font partie de l'éducation de beaucoup d'entre nous et elles ont aussi leur utilité.

Mais peut-être qu'à force de les entendre, nous avons fini par croire que le repos, le plaisir et la tranquillité devaient toujours venir après quelque chose.

Après l'effort. Après les obligations. Après les autres.

Je reconnais volontiers ce fonctionnement chez moi. Même lorsque je m'accorde un moment agréable, il m'arrive de ressentir cette petite voix qui me rappelle ce que je pourrais être en train de faire à la place.

Comme si prendre du temps pour moi alors que tout n'était pas terminé relevait presque de la faute professionnelle. 😂

Pourtant, je n'ai jamais rencontré quelqu'un dont la liste des choses à faire était définitivement vide.

Et si cela devait être la condition pour s'autoriser à vivre, nous aurions tous un sérieux problème.


Une inquiétude ne devrait pas devenir toute notre vie


Il y a une autre chose que j'ai remarquée.

Nous pouvons traverser une période globalement heureuse et laisser une seule préoccupation en modifier complètement la couleur.

Une inquiétude financière, une difficulté professionnelle, une situation familiale qui nous échappe… et soudain, tout semble tourner autour de cela.

Le problème n'occupe plus seulement une partie de notre vie. Il finit par occuper presque tout notre espace intérieur.

Je connais bien cette sensation.

Et je sais aussi qu'il ne suffit pas de décider de ne plus y penser pour qu'elle disparaisse. Certaines préoccupations sont réelles et méritent toute notre attention.

Mais je crois qu'il existe une différence entre prendre soin d'un problème et lui laisser prendre toute la place.

Parce qu'une difficulté peut être importante sans être la seule chose importante dans notre vie.

Je peux être préoccupée par une situation et passer malgré tout une belle soirée. Je peux avoir peur de l'avenir et rire sincèrement à une plaisanterie. Je peux traverser une période compliquée et ressentir, pendant quelques instants, un bonheur immense en regardant les gens que j'aime.

Et ce bonheur-là n'est pas moins vrai sous prétexte que le problème existe toujours.


La sérénité n'est peut-être pas ce que j'imaginais


Pendant longtemps, j'ai associé la sérénité à une forme de sécurité absolue.

Pour être tranquille, il fallait que tout aille bien. Que je puisse anticiper les dépenses, connaître la direction de mes projets, savoir mes proches heureux et avoir cette impression rassurante que rien ne risquait de m'échapper.

Autant dire que j'avais placé la barre assez haut.

Aujourd'hui, ma définition de la sérénité évolue.

Je ne crois plus qu'elle consiste à ne jamais avoir peur, à ne jamais être triste ou à ne plus rencontrer de problèmes.

Je crois qu'elle ressemble davantage à cette capacité, encore fragile certains jours, de ne pas laisser une inquiétude décider à elle seule de la façon dont je vais vivre tout le reste.

Cela ne fonctionne pas toujours.

Il y a encore des jours où je me laisse absorber par ce qui ne va pas, où je repousse mes propres besoins, où j'attends qu'une situation s'arrange pour me sentir autorisée à respirer.

Mais j'apprends.

Et surtout, je commence à comprendre que profiter de l'instant présent ne signifie pas prétendre que tout est merveilleux.

C'est simplement reconnaître que, même dans une journée compliquée, il peut exister quelque chose qui mérite d'être vécu pleinement.


La vie n'attend pas que nous soyons prêts


Nous parlons souvent de la vie que nous aimerions avoir plus tard. Lorsque nous serons plus disponibles, plus sereins, plus confiants, mieux organisés.

Mais pendant que nous préparons cette vie future, une autre se déroule déjà.

Il y a les enfants qui grandissent, les saisons qui passent, les conversations autour d'une table, les rencontres imprévues, les petits rituels du quotidien auxquels nous ne prêtons pas toujours attention.

Je trouve cela assez bouleversant de me dire que certaines des journées dont je me souviendrai avec tendresse dans dix ans sont peut-être celles que je suis en train de traverser aujourd'hui, en pensant surtout à ce qu'il me reste à régler.

Alors non, je ne veux pas abandonner mes projets ni cesser de préparer l'avenir. Je veux simplement arrêter de considérer que ma vraie vie commencera lorsque tout sera enfin en ordre.

Parce qu'elle a déjà commencé.


Et peut-être que nous pouvons apprendre à profiter de l'instant présent, non pas en ignorant nos difficultés, mais en cessant de leur confier tout l'espace.

Il y aura encore des imprévus, des décisions difficiles, des personnes que nous aimerons et pour lesquelles nous nous inquiéterons, des projets qui prendront du retard et des chauffe-eau qui choisiront le pire moment pour rendre l'âme.

Mais entre tout cela, il y aura aussi la vie. La nôtre.


Celle qui ne demande pas que nous ayons tout réussi, tout compris ou tout réglé pour nous offrir de beaux moments.

Alors peut-être que la prochaine fois que tu te surprendras à penser « Quand tout ira mieux, je pourrai enfin profiter », tu pourras simplement te demander ce qui, aujourd'hui, mérite déjà un peu de ton attention.


Parce que ta vie ne commence pas après les problèmes. Elle se déroule aussi pendant.

Et ce serait quand même dommage de passer à côté en attendant qu'elle nous donne enfin la permission d'en profiter.


🌿 Pour prolonger cette réflexion…

Dans Les Confidences de l'Atelier #15 – Et si tu arrêtais d'attendre que tout aille bien pour être bien ?, je partage cette habitude que j'ai longtemps eue de repousser ma sérénité au moment où toutes les petites cases de ma vie seraient enfin au vert.

On y parle d'inquiétudes, de sécurité, de ces problèmes qui prennent parfois toute la place… mais surtout de notre droit à profiter des beaux moments sans attendre que tout le reste soit réglé.

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